Fiscalité
Décryptage

Covid-19 : faut-il taxer les gros patrimoines ?

par La rédaction - le 11/05/2021

Alors que le déficit s’accroît et que la crise creuse les inégalités, la France résiste encore à la tentation d’augmenter les prélèvements obligatoires. Mais pour combien de temps ?

Comment régler la facture de la crise ? La solution fiscale constitue-t-elle la voie à suivre ? Aux  dépenses considérables générées par les différents plans d’aides, se sont ajoutées des baisses de recettes fiscales, en matière d’impôt sur les sociétés et d’impôt sur le revenus liées aux pertes d’activité professionnelle mais aussi en matière de TVA en raison du repli de la consommation lors des périodes de confinement. La facture de la crise, chiffrée à 158 milliards d’euros pour l’année 2020, passe à 171 milliards en 2021.

La piste de la hausse des impôts

Une hausse des impôts constitue-t-elle une bonne solution pour combler le déficit ? C’est le pari du président américain. Lors de son premier discours de politique générale au Congrès Joe Biden a fin avril, Joe Biden a ciblé les 0,3% des citoyens les plus riches, déclarant qu’ils devaient payer une juste part d’imposition. Ce qui se traduirait par une augmentation du taux marginal de l’impôt  fédéral sur les revenus qui passerait de 37 à 39,6%. Au menu également une augmentation drastique de la taxe sur les plus values, passant de 23,8 à 39,6%.

La situation en France

La tentation de taxer les plus riches revient dans le débat y compris parmi les rangs des principaux concernés. On a ainsi récemment entendu, un des grands patrons français, Louis Gallois, actuellement Président du conseil de surveillance de Peugeot S.A., se prononcer en faveur d’un super impôt sur le revenu pour 2 années successives. Autre piste évoquée : celle de réinstaurer l’ISF. Ces réflexions sont alimentées par les constatations du Fonds monétaire international (FMI), qui constate que la crise sanitaire s’est doublée d’une crise économique qui a creusé les inégalités et favorisé les patrimoines les plus importants.

Concentration du patrimoine

En France, l’écart se creuse entre les plus fortunés et les autres. Le patrimoine des milliardaires de l’hexagone a été multiplié par 5 entre 2009 et 2020. Cette progression de +439% est beaucoup plus importante que celle constatée dans chez nos voisins : la fortune des milliardaires allemands n’a progressé que de +175% et les plus grandes fortunes d’outre-manche de +168%. D’après une étude de l’Insee de 2019 sur les inégalités de revenus et de richesses en France, on assiste à un phénomène de concentration du patrimoine. 56% du patrimoine français est aux mains de 10% de la population.

Pas de hausse d’impôts en prévision

Les plus hauts revenus, qui constituent 1% de la population, concentrent en outre  davantage de  revenus tirés du patrimoine, notamment financier et de revenus non salariés notamment immobiliers. Difficile cependant de s’appuyer sur l’exemple des États-Unis. La pression fiscale déjà forte en France laisse infiniment moins de marge manœuvre au Gouvernement qu’elle n’en laisse à l’administration de Joe Biden. Pour l’instant, en France, le Gouvernement maintient le cap : pas d’augmentation des prélèvements obligatoires. Emmanuel Macron vient de le réaffirmer dans la presse régionale fin avril : «  tant que je serai là, il n’y aura pas de hausses d’impôts en sortie de crise. Nous sommes déjà l’un des pays les plus taxés au monde ». Les élections présidentielles de 2022 pourraient changer la donne.

La rédaction

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